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Raccourci d’une histoire des actualités 1945 à 2011



En second lieu et plus de vingt ans après cette opération originale et un recul suffisant, il paraît intéressant de prolonger la réflexion à l’histoire des actualités et à leur représentation qui s’étendent de l’après deuxième guerre mondiale à la période actuelle.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de refaire l’analyse continue d’une période aussi longue et aussi complexe, à laquelle se sont attachés nombre de journalistes et d’historiens spécialistes, les uns des questions militaires ou économiques, les autres des problèmes politiques et sociaux, que ce demi-siècle pose ; nous rappellerons plutôt quelques temps forts de cette longue histoire, et à l’aide d’exemples de réactions et de commentaires, le rôle et l’influence de la presse et des dessinateurs de presse dans la compréhension de l’actualité.



Hiroshima, Japon, Photo de la
première bombe atomique sur une
ville, 1945.
L’analyse des textes et des dessins de presse qui ont couvert la période de la guerre froide de 1945 à 1989 a permis de constater que les populations du monde ont vécu, partagées par une même crainte des missiles et de leurs ogives nucléaires, avec ancrés en toile de fond dans leur mémoire, les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki du Japon de 1945 ; et si après coup, on considère que ce type d’emprise et de terreur latente n’a pas été fatal au genre humain, l’interprétation approximative des forces de l’adversaire, des erreurs de commandements déclenchées par la surenchère entre les deux blocs, auraient pu rompre cet équilibre fragile.
Dans sa politique de Containment Truman, à partir de 1947 a tenté de limiter l’expansionnisme de l’URSS. A la création du plan Marshall en 1947-48 et de l’OTAN en 1950, a été opposée la création du Kominform  en 1947, du Komecon en 1949 et du pacte de Varsovie en 1955 : on a assisté à une profonde rivalité qui allait aboutir à la mobilisation de grands moyens militaires et financiers au détriment du bien-être des populations, en particulier de celles de l’Europe et des pays de l’Est.
Une première confrontation avait eu pour cause le premier blocus de Berlin en 1948,  et l’asphyxie de la population avait été évitée grâce à l’organisation du gigantesque pont-aérien américain. Une seconde confrontation dans la guerre de Corée (1950-1953) avait abouti au partage du peuple coréen : la Corée du Nord et la Corée du Sud qui subsistent encore actuellement, avec nombre d’incidents dans les territoires frontaliers.
Il convient de se rappeler aussi dans quel contexte idéologique ces évènements se sont déroulés. Staline d’un côté  en 1949 a essayé de neutraliser son opposition par de nombreux procès politiques et de grandes purges, de l’autre côté c’est à partir de 1947 que les Etats Unis ont dressé des listes d’artistes soupçonnés de favoriser l’idéologie communiste et sous l’influence du Mac Carthisme  (1950-1954) se sont livrés à une véritable chasse aux sorcières : les époux Rosenberg ont été exécutés en 1953, accusés d’avoir livré des secrets atomiques à l’URSS, pour ne citer qu’un exemple célèbre : ces savants pacifistes avaient sans doute souhaité un rééquilibrage des forces militaires entre les deux blocs ?
En 1956 au plan intérieur, de peur que l’insurrection hongroise ne s’étende de Budapest aux autres républiques de l’URSS, l’armée soviétique avait écrasé la capitale, livrée à elle-même et sans que l’Occident paralysé n’intervienne, malgré l’appel à l’opinion mondiale de Nagy.
A partir de 1959 Fidel Castro a installé un régime de type socialiste à Cuba avec le soutien de l’URSS et a accepté la construction de rampes de missiles, menaçant ainsi le territoire des Etats Unis : ce qui a déclenché l’intervention de commandos, formés en grande partie d’exilés cubains, dans la Baie des cochons (1962)

Plantu. Construction du rideau
de fer à Berlin-Est, à la demande des
Soviétiques.
Si nous revenons en Europe, il faut signaler la construction du rideau de fer à la demande des soviétiques pour lutter contre l’hémorragie des habitants de Berlin Est vers l’Ouest, et il s’en est fallu de peu qu’à Check-point-Charlie le 27 octobre 1961, la perspective d’une confrontation effective des chars américains et soviétiques n’entraine une troisième guerre mondiale ; la construc-tion de ce mur par la RDA, allait séparer, pour trente ans, la ville de Berlin en deux parties, privant les habitants respectifs de relations et d’échanges, et celle de l’Est de libertés fondamentales dans leur vie politique, économique et  sociale, traquée au quotidien par la Stasi, organe policier du régime en place. De plus les occidentaux ont dû renouveler moralement et matériellement leur soutien aux populations de RFA par le célèbre « ich bin ein berliner » de J. Kennedy, confirmant ainsi les efforts investis au cours du premier blocus de la ville.
Mur de séparation de la ville de Berlin en deux parties, Est  et Ouest, Construit par la RDA. 1961
              




Duval. Femmes fuyant leurs maisons
en flammes, au cours de la guerre d'Algérie.
            


Par ailleurs rappelons qu’en 1962, après une guerre de huit années, l’Algérie s’est libérée de l’emprise coloniale française. La guerre de libération  a entraîné des milliers de morts en particulier dans la population autochtone (250 000 environ), 25 000 soldats du contingent ont été tués par ailleurs et la majorité des supplétifs algériens, une fois lâchés par l’armée, ont servi d’otages et ont été massacrés par la rébellion, qui s’était peu à peu imposée au plan international et en fin de course aux anciens colonisateurs, à la suite des accords d’Evian.
Une fois passées ces années de tension extrême et de blocage des relations internationales, les gouvernements ont pris conscience que leurs choix politiques et militaires conduiraient à l’anéantissement du monde. De 1963 au milieu des années 70 une relative détente s’est alors installée, après une entente entre les deux K et la mise en place du téléphone rouge…

                Topor. Impérialisme soviétique en Pologne
Début des années 80
Cependant malgré les accords nucléaires qui ont été passé ensuite entre les blocs, l’Union soviétique n’a cessé de maintenir et même de développer son emprise, favorisant à son profit, l’émancipation de territoires anciennement colonisés par l’Europe comme l’Indochine et certains pays d’Afrique.
Dans la vieille Europe, il aura fallu attendre les événements et les grèves dures de Gdansk, en Pologne, au début des années 80, sur l’impulsion du syndicat Solidarnosc et sa reconnaissance en 1989 par Jaruzelski, pour susciter l’espoir que le monde communiste pouvait bouger.




Plantu. “Helmut ! On peut commencer ?
demande Mitterrand .”J’arrive j’arrive !” répond Helmut.
La réunification de l’Allemegne ne tarderait plus.
 
Confrontée à un challenge sans fin avec les Etats-Unis dans leur course aux armements, et probablement à la fronde des républiques soviétiques qu’elle avait dominées si longtemps, une restructuration de la vie économique et politique a été entreprise, en URSS même, par le secrétaire général Gorbatchev ; au cours de cette ère nouvelle de la Pérestroïka, on a enregistré en novembre 1989 la chute du mur de Berlin et la levée en masse de tout un peuple qui recouvrait la liberté. La réunification de l’Allemagne ne tarderait plus, une fois admis le caractère définitif de la frontière ODER-NEISSE et le droit aux réparations des Polonais contraints au travail forcé par les nazis (Chancelier Kohl, Varsovie, 14 novembre 1989).
Affaiblie par ce délitement progressif, au  point qu’elle ne pouvait plus apparaître, à partir des années 90, comme un empire concurrentiel du monde « dit libre », la Russie a laissé le leadership du monde aux Etats Unis. Ce constat pouvait entraîner dans l’opinion publique, l’ouverture d’une période de stabilité ; mais bien au contraire, une fois disparues les conditions qui avaient maintenu l’équilibre des forces de la guerre froide, après la chute du mur de Berlin, on allait assister à la naissance de conflits nationalistes qui couvaient depuis longtemps en Europe centrale. La mort de Tito par ailleurs, laissait sans couvercle la « marmite » de cette partie de l’Europe : le monde yougoslave a alors connu, à partir de 1991, une succession de guerres intestines (Slovénie en 1991, Croatie en 1991-92, guerre bosniaque de 1992 à 1995). Ce démantèlement général qui a ruiné l’emprise de Belgrade, a été entériné par les accords de Dayton en 1995, après que les forces de frappe des pays de l’OTAN aient neutralisé les offensives guerrières des Serbes, notamment contre Sarajevo et les populations musulmanes.
Par ailleurs on peut penser aussi, que le retrait des troupes russes de l’Afghanistan le 15 février 1989 et l’affaiblissement de l’influence soviétique sur la scène internationale, ont permis aux USA, une fois sortis vainqueurs de cette immense confrontation, d’intensifier d’une part la guerre en Afghanistan et d’autre part de déclencher les deux interventions militaires que l’on sait en Irak (guerre du Golf), pour contrôler en particulier les richesses pétrolifères de son territoire.
Il convient aussi de rappeler que périodiquement depuis la révolution iranienne de 1979, les Actualités rendent compte de la joute serrée qui s’exerce entre l’Iran et le monde occidental, sur le programme de production d’énergie nucléaire, en particulier les Etats Unis et leurs alliés craignant une utilisation inconsidérée à des fins militaires, de la technologie de l’arme atomique qui résulterait de leurs progrès scientifiques et techniques.
Cardon. “Sales jeunes !” paru dans Le canard enchainé.
Il arrive aussi que les médias portent leur attention sur les actualités concernant l’évolution de la Chine ; cette évolution ne s’applique  pas, semble-t-il, aux domaines politiques et sociaux : les mouvements étu-diants ont connu une répression sanglante en 1989 à Tian anmen. Par cette démonstration de force, il était évident que le régime en place se refusait à toute concession et n’était pas prêt à prendre en considération, les aspirations de liberté de la jeunesse. De nombreux leaders de ces mouvements ont été mis en prison. Deux caricaturistes, Cardon et Trez, ont rendu compte de cette répression sanglante : 


Trez. “ La Chine a besoin de sang” paru dans France-soir.

 

Le premier dans Le canard enchaîné et le second dans France soir, dessinant Deng Xsiao Ping récupérant le sang jeune des manifestants aplatis par les chenilles d’un char. Par contre, l’évolution économique de la Chine a rarement fait l’objet des actualités concernant les pays d’Asie.
Singapour, l’un des Pays du Dragon.
En dépit des productions envahissantes des pays du Dragon tels que Taïwan, Singapour, Hong Kong, la Corée du Sud, qui ont suivi le modèle japonais, on continue à parler de pays émergeants au sujet du continent asiatique. Il faut signaler cependant quelques rares exceptions dues à des recherches attentives : Modèles d’Asie. En Asie aujourd’hui, des réussites économiques pour quelles sociétés ?, publiés dans le numéro 45 de la revue MATERIAUX, en mars 1997 par exemple.  

MATERIAUX  Modèles d’Asie


Des ensembles aussi immenses que ceux de l’Inde et de la Chine semblent se positionner, comme une sorte de cheval de Troie, dans le monde occidental. Il est temps de prendre en compte les atouts du développement considérable de leur économie ; la progression de leur croissance permet à la Chine en particulier de jouer déjà le rôle de « banquier » des USA.
Leurs gouvernements en effet, ont compris l’importance des investissements scientifiques et technologiques et rejoignent le niveau des performances de l’Ouest en la matière ; le monde a pu constater par exemple qu’après une préparation hâtive, la Chine de Pékin a réalisé magistralement les jeux olympiques de 2009. Peuvent-ils submerger le potentiel économique que le monde occidental a développé, en particulier depuis près de deux siècles, et supplanter sa civilisation et sa culture ? Désormais la nouvelle organisation inter-régionale pèsera d’un grand poids. Il est souhaitable de prendre conscience de cette avancée,  et d’éviter une confrontation comme en ont connu, et à leur détriment, les nations d’Europe au siècle dernier, et d’envisager, en toute connaissance, un nouveau partage dans l’équilibrage planétaire.

Plantu. “Les boomerangs du Monde arabe. La Syrie de Kadhafi.
Venons-en maintenant aux actualités  de   février   et  mars 2011 qui révèlent brusquement, contrairement à ce qui s’était passé pour le monde asiatique, une véritable révolution politique touchant tour à tour la Tunisie, l’Egypte, le Yémen, l’ile de Bahreim, et last but not least la Syrie de Kadhafi ; les peuples arabes secouent leurs autocraties qui  ont été consolidées par les pays occidentaux en échange de leurs richesses pétrolifères et de leurs pétrodollars, richesses dont les populations de ces pays, semble-il, n’ont pas bénéficié ; la prise de conscience de cette exploitation au seul profit des dirigeants permet de comprendre la révolte qui se propage dans le monde arabe, car elle tente de faire tomber les usurpateurs qui ont maintenu leur autoritarisme durant des décennies.
Siné. Prosélytisme culturel
et religieux pour saper les cultures
africaines ancestrales.
L’attitude des  occiden-taux face à ces pouvoirs sans partage et par voie de conséquence à l’oppression de leur peuple, rappelle étrangement celle des colonisateurs européens du XIXème siècle qui se sont livrés systéma-tiquement à un prosélytisme culturel et religieux pour saper les  cultures africaines ; ils se sont livrés aussi à des fournitures de fusils et de poudre au bénéfice des chefs locaux africains qui, affermis dans leur autorité, pouvaient ainsi  accepter, voire faciliter, la traite de leur propre tribu : des cargos entiers d’êtres humains furent ainsi réduits à l’esclavage.
Les occidentaux ont justifiés leur position depuis près d’un demi-siècle, à l’égard de ces régimes autocrates, en prétendant qu’ils constituaient un rempart à l’extension marxiste puis islamique. Cependant, après analyse de ce qui s’est passé depuis vingt ans, on peut considérer que cette attitude a plutôt exacerbé les tensions  entre cultures, et suscité les activités subversives des plus extrémistes : des exemples frappants ne manquent pas à travers les nombreux attentats organisés contre des organismes et leurs dirigeants, ambassades, entreprises, etc. ; en ce qui concerne le monde arabe, le plus symptomatique étant celui dirigé contre les Tours jumelles de New York et le Pentagone à Washington en 2001.


Pour en terminer avec ce rappel des actualités et de leur représentation sur cinq décennies, il faut bien constater une gigantesque confrontation armée, entre nations et entre continents où tous les coups ont été tentés pour dominer les territoires frontaliers, les continents et parvenir à  l’hégémonie mondiale.
Cependant l’humanité apparait protégée, jusqu’à maintenant, par une sorte de sagesse élémentaire de survie. Aussi convient-il de limiter les risques de conflits dévastateurs, en neutralisant les instigateurs de ces impérialismes si préjudiciables aux populations et à leur destin.
Le pouvoir sans partage et la tyrannie doivent être reconnus dès le début de leur tentative par les populations qu’ils veulent asservir ; aussi est-il nécessaire d’engager les peuples à rechercher l’information la plus objective possible ; et si la censure est telle que cet objectif est impossible à atteindre, la presse clandestine sous toutes ses formes constituera l’arme principale d’un contre-pouvoir efficace, à l’instar de celui du syndicat Solidarnosc en Pologne dans les années 1970-1980.
On voit à l’heure actuelle dans des pays d’Afrique et d’Asie et grâce à des relais documentés, les résultats d’une information en mesure de toucher les groupes et les individus : la rapidité des nouvelles technologies et leur mise en œuvre leur procurent en effet un accès aux informations les plus diverses. On voit à quel point les peuples « avertis » par les enseignements de l’histoire et par une perception suivie de l’actualité sous toutes ses formes, presse, images, radios, télévision, internet sont avides d’une liberté qu’ils n’osaient plus espérer.

La jeunesse avide de Liberté, à Tunis. WEB 2.0   WWW.LEXPRESS.FR I19 janvier 2011I45.


Reste à imaginer, ce qui n’est pas évident, une forme de délégation de pouvoir qui tiendra compte, avant tout, de l’intérêt général des peuples et des gouvernés.

Période 1959-1989






LA CARICATURE DEMYSTIFIE

Cabrol. Dessin d’Hitler
publié en 1938 dans
l’Escheres Tageblatt.
(Qui a valu à Cabrol des menaces de procès)
Les fleurs du pré noir sur fond blanc, jaillissantes  et ironiques ; ferrailleuses et mordantes, dessinent l’imaginaire politique et culturel, et synthétisent les aspirations. ll y faut beaucoup d’attention à révéler l’idéologie, et à exorciser l’oppression.
 Le pouvoir est dans la parole, Il est dans la page imprimée, il est aussi dans les traits et dans les courbes. Arme d’un contre-pouvoir, la caricature démystifie. Le trait s’enfle, devient gros ventre ou gros nez, il s’étire à l’occasion longiforme, et toujours l’hilarité salutaire dégonfle les baudruches, évacue l’emphase ; dans le combat contre la force, il n’y a pas meilleure façon pacifique que forcer le ridicule.
Les caricatures ont donc pour fonction  première de révéler l’excès, quels que soient les tendances de leurs auteurs et l’esprit nécessairement partisan qui les anime.


ABOLIR LE POUVOIR ABSOLU

Morchoisne. Kadhafi – 1979

Le projet de proposer une sorte d’anthologie de la caricature de presse des trente dernières années ne manquera pas d’aiguiser l’appétit des contemporains. Au premier chef, les hommes politiques s’y retrouveront, puisque c’est leur métier de promouvoir aussi la chose culturelle : ils y seront en butte à l’exercice de la critique. Mais peut-on aménager la cité et le bonheur d’autrui, sans garantir la liberté d’expression ?
Elle intéressera aussi, en cette année 1989, les héritiers de ceux qui ont aboli en France voici deux siècles, le pouvoir absolu. Ils doivent pour leur part connaître les ressorts qui sous-tendent toute activité de gouvernement, et tous les pouvoirs qu’ils ont précisément délégués depuis 1789, avec, il faut le reconnaître, des fortunes diverses.


FESTIVAL

Siné. Festival – 1989
L’étude proposée est sur ce plan riche d’enseignements. Loin d’être subversive, elle permettra de prendre le recul approprié vis-à-vis des atteintes à l’intérêt général et aux libertés fondamentales de l’individu.
Comme vous, j’ai « lu » dans la presse, les travaux de PLANTU, ceux de CABU, ESCARO, SINE, WOLINSKI, SERGUEÏ, FAIZANT, TIM, REISER, et beaucoup d’autres… et suis tombé au hasard des rayons des libraires ou des bibliothèques,  sur une partie notable des dessins qui font l’anthologie éphémère de l’exposition « de DE GAULLE à MITTERRAND, trente ans de dessins politiques en France », présentée dans le Musée d’histoire contemporaine de la BDIC, à l’Hôtel national des Invalides ; il faut absolument les revoir.
Dans l’ouvrage établi à l’occasion, chacun pourra garder heureusement – serré chez lui – un peu plus du tiers des travaux collectés pour cette manifestation, et s’enrichir des biographies et des analyses, qui ont été rédigées pour nous.
Siné. de De Gaulle à Mitterrand 30 ans de dessins d’actualité en France.
Pour ne pas oublier les premiers en fin d’avant-propos, et pendant que j’y pense, je remercie tout   de   suite  les dessinateurs-journalistes qui ont accepté d’exposer une partie de leurs travaux et en second  les  présentateurs, pour leur collaboration. Les uns et les autres ont rejoint Paris pour ce festival, celui de l’intelligence et de l’humour, celui de la poésie et de la liberté.





 
TRACER DE NOUVELLES ROUTES

Le combat singulier, avec son lot de solitude et de traque quotidienne, affronte les grands problèmes de l’heure, et ce n’est pas le moindre mérite des journalistes d’être en permanence sur la brèche, et comme personne n’a la prétention de détenir une vérité universelle, le plus angoissant est alors de tracer de nouvelles routes, sans perdre son âme.


AVANCÉES : HEURS ET MALHEURS

Villeglé.  Collage année 1950-60
L’Europe du XIXe siècle avait été   plus    que d’autres,
impérialiste et sanguinaire, hiérarchisant les races et les individus ; la liberté qu’elle prônait, arrivait souvent dans les   soutes  à  fusils.
Certes des voix s’étaient élevées fermes, contre l’esclavage, des lois mêmes avaient été votées, mais l’exploitation économique de l’homme avait perduré, car elle garantissait aux puissances en place, leur hégémonie.
Plantu. “Drogue : les dealers s’expliquent.
Pour le Moyen Orient.
On a vendu une caisse, puis deux...
et après, on n’a pas pu s’arrêter!”.
  Dessin  paru dans
Le Monde en septembre 1986:
Barre, Maurois,Fabius et Chirac.
Depuis, c’est lentement, avec des régressions inhumaines, et des avancées heureuses aussi, que l’humanité a reconnu les droits de l’homme, et la primauté de l’individu. Corollairement on a admis l’existence des autres races et justifié des cultures et des idéologies différentes.
Mais les pouvoirs abusifs prévalent encore dans le monde ; les uns massacrent des populations entières, les autres sacrifient les otages, les troisième fournissent les armes…




ENTRAÎNER L’ADHESION

Face à ces problèmes permanents, la démarche urgente était d’identifier les excès, la seconde est d’entraîner l’adhésion, pour débusquer ceux qui les commettent et rétablir les conditions d’un équilibre satisfaisant.
Pour entraîner l’adhésion de leur public, les caricaturistes doivent faire partager leur propre approche, leur propre conviction ; et la force ou la sensibilité qu’ils expriment font réfléchir, et peuvent émouvoir.
Pancho. Staline En bébé du cuirassé Potemkine d’Eisenstein.
Le Monde -1968.




PHALLUS ET TCHADOR
Plantu “Foulard: blocage à Creil”
Le Monde – 7 novembre 1989.

Citons un exemple pris dans l’actualité, celui du port du voile islamique à l’école ; KONK dans le Figaro du 2 novembre 1989, pour un article de Soustelle sur l’identité de la France, dessine une écolière au tableau noir, en  grand  voile  blanc, interrogée par son institutrice :  « dis-moi quelle est la date de la victoire… Euh ! je veux dire de la défaite de Poitiers ? ».
Dans  le  Monde  du  7  novembre 1989, un dessin de PLANTU intitulé : « Foulards : blocage à Creil », présente une petite fille en train de se laver les dents ; près d’elle son père, protecteur et agacé, s’adresse à elle en désignant trois personnages autoritaires qui ont fait irruption dans sa salle de bain : « c’est encore l’ayatollah, le proviseur et le préfet qui voudraient savoir comment tu t’habilles ce matin ! ».


FANTASIA 
                                                                                                                                     
Le dernier CHA-CHA, pardon le dernier CABU dans le dernier Canard : l’affaire du voile révèle de nouvelles solidarités. Une bande d’arabes brandissant des fusils crient à tue-tête : « nous sommes tous des Jospinos-Rocardiens ! » avec mention : renfort de signatures pour la motion Jospin-Rocard.
Ces dessins posent habilement le problème de la tolérance et de la laïcité dans les écoles, plus généralement celui de l’avancée de l’intégrisme en  Afrique et en Europe ; et à travers le symbole du tchador, la grave question de l’aliénation des femmes, dans la civilisation islamique en particulier, mais pas seulement !
Certains dessins comme les précédents sont ironiques ou humoristiques, ils procèdent par clin d’œil et désamorcent la tension. D’autres au contraire sont violents et mordants, ils traduisent avec force la gravité d’un événement, d’une situation. 
 

A LA TRAPPE

Les samizdats de Solidarnosc.
Affiche de l’exposition de décembre 1986.
10 ans d’édition indépendante en Pologne
,présentée auMHC-BDIC dans l’Hôtel des Invalides – Paris.

Dans le journal d’Antenne 2, GUS traduit la nouvelle répression de 1982 en Pologne et l’interdiction de Solidarnosc : Jaruzelski, en uniforme de général, porte des lunettes noires ; dans les verres, le reflet du trou noir d’une prison.
L’interdiction du syndicat polonais a entrainé ipso facto la recherche d’un contre-pouvoir, dans un mouvement clandestin relayé par des milliers de partisans qui croyaient au bon droit de leurs revendications ; malgré les forces en présence, la peur des chars soviétiques qui campaient près des villes, le souvenir de l’écrasement de Budapest en 1956, les dénonciations de la Stasi et les emprisonnements de leurs principaux dirigeants, ils étaient près à en découdre, assurés du succès final.
Une presse clandestine intense a été diffusée sous le manteau facilitant une information progressive et la consolidation de la grève générale. Une résolution aussi déterminée du peuple allait entraîner la reconnaissance définitive de leur action. Une masse de samizdats de cette presse témoignent encore à l’heure actuelle de l’activité militante du mouvement de libération.

 
Wiaz.  Paru dans le Nouvel Observateur
Tatcher et les membres de l’IRA prisonniers – Aout 1981.
JUSQU’OU ?
 
En avril 1981, madame Thatcher tient tête aux prisonniers irlandais qui font la grève de la faim. Dans le Nouvel Observateur WIAZ la met en scène : inflexible et avec un sourire d’ogre, elle prend les unes après les autres ses victimes et les accroche à une corde à linge.




DES SOUS

Laissez-moi terminer mon avant-propos par un dessin de SOULAS ; il va nous détendre. On est chez Rocard ; le premier ministre lit un rapport assis à son bureau ; un conseiller se penche et dit « il faut augmenter ceux qui ne demandent rien. Ainsi cela incitera ceux qui demandent à ne plus rien demander afin d’être augmentés ! ». A travers la vitre, une manif défile : « des sous, des sous ? ».


ENCORE

Un dessin de CARDON, Rocard pédagogique : « êtes-vous certain de bien gérer dans le temps vos revendications légitimes ? ».
Le quidam : « Rocard des sous ! »


NIHIL OBSTAT 

Je suis l’actualité ; je suis un bon CADIST, pardon un bon CHADIST, un caricaturiste : je sors mes griffes.
Paris, le 8 novembre 1989.



Cardon. “Tôt ou tard” dessin paru dans l’Humanité 1978.
ELOGE DE LA FOLIE 

En se remémorant l’état  d’esprit dans lequel les journalis- tes  participants   et les invités à  l’inauguration de l’exposition se trouvaient, on devait pouvoir se livrer à l’éloge de la folie, en trublions  de   la  chape autoritariste con-testée. Il convenait tout d’abord de stigmatiser les sept péchés capitaux des puissants et de leurs clientélistes. Règne absolu ou démocratie, on trouve toujours des Fouquets et consorts, des manipulateurs habiles à instrumentaliser leurs féaux, qui souvent sont victimes de leurs stratagèmes…
Constamment dans pareil cas, la raison d’Etat a toujours été invoquée pour cacher les bavures de ces cyniques et de la Real politik.

Plantu. Dessin publié dans Planète n° 122
D’autre part, si l’on parle de stratégie sociale et de prise de conscience de l’évolution des mentalités, notamment chez les femmes et dans la jeunesse, on s’aperçoit que l’Europe, et les USA des années 60 avec leur guerre du Vietnam, ont été loin de pressentir les mouvements de protestation contre l’autoritarisme des tenants du pouvoir : à l’heure actuelle on assiste à une révolte de même nature, voire une révolution dans le monde arabe, avide aussi de se libérer de leurs autocrates.
Et si on considère que  malgré la décolonisation, l’Afrique demeure un réservoir à puiser les richesses (bois tropicaux, pétrole, gaz, minerais etc.) au seul bénéfice des pays industrialisés et au détriment des populations africaines, on ne devrait pas s’étonner du retard de développement de leur économie et de la pauvreté de leurs peuples.
Mais cette obsession du pouvoir se marie très   bien, à y réfléchir, au décalage de statut que connaissent les femmes par rapport aux hommes, même dans un pays comme la France qui se proclame « Patrie des droits de l’homme et du citoyen » depuis 1793 ; rappelons sur ce plan, que le droit de vote des femmes n’a été reconnu en France qu’en 1945.


Je ne dois pas dessiner
Mahomet 
Plantu. “Je ne dois pas dessiner Mahomet"






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-J. F. Batelier. Crèche française. 1989 Coll. Privée


LECTURE ET REPRESENTATION DES ACTUALITES
De l’homme grégaire à l’homme averti

Wolinski. “C’est pas facile”. Dessin de la série des conversations de bistro,  Juin 1968.