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Conclusion
Vers une nouvelle représentation : de l’homme grégaire à l’homme averti.

Caricature d’André François
Nouvel Observateur 1972


Dans l’ère nouvelle de mondialisation qui s’installe sur la planète depuis le premier tiers du XXème siècle, et plus récemment de la nouvelle économie, il convenait  en effet de se poser la question du rôle que peuvent encore jouer des organismes internationaux comme la BDIC ?

En parcourant les manifestations notamment conflictuelles et guerrières des siècles passés, on constate que les pouvoirs successifs qui se sont développés ont été « habités » par une perception et une représentation de plus en plus globalisantes du monde. Certes avec des reculs temporaires, voire des oppositions à cette sorte d’idéologie de la conquête, l’emprise de leur représentation globalisante s’est manifestée dans tous les domaines, le politique d’abord, le géopolitique, l’économique, la finance, les religions, les idéologies, etc.

L’étude des siècles précédents nous fait découvrir une succession d’empires, les Perses et les Grecs, les conquêtes d’Alexandre jusqu’en Afghanistan, Byzance, Rome et plus près de nous Napoléon et Hitler …

Sur un autre plan, les représentations du monde de Copernic et de Galilée avaient révolutionné les croyances et mis à mal des acquis doctrinaux : ce n’était d’ailleurs pas sans risque, car les " découvreurs " étaient menacés du bûcher et des pires tortures de l’Inquisition s’ils  s’opposaient à des puissances religieuses omnipotentes. Des pouvoirs partisans ont en effet contrecarré ces évolutions inéluctables, souvent à leur profit ; citons en particulier l’emprise du Vatican,  celle de l’Internationale communiste depuis le XIXème siècle, sur une grande partie du monde ; citons plus récemment la résurgence de l’Islam et de ses extrémistes inquiétants.

Carte du monde présentant les
possessions coloniales en 1945.
Documentation française
Par ailleurs il est curieux de constater, si l’on ne l’explique pas par un appétit de gain et un désir immodéré de pouvoir, que des Etats–Nations du XIXème et du XXème siècle avec leurs frontières, leurs guerres sanglantes, dans lesquelles l’individu était sacrifié « sur l’autel de la Patrie », se sont livrés presque tous, britanniques, français, belges, hollandais, italiens, allemands (Cameroun 1884-1914) etc., à la conquête d’une partie de territoires ou de continents, comme le révèlent les cartes multicolores des empires coloniaux de 1850 à 1962 (jaune, rose, blanc, orange, vert…). 

L’Amérique même, avec sa puissance économique, militaire et ses dollars, maintient encore son hégémonie et la développe au travers de sa langue, l’anglais, et de ses invasions culturelles, le cinéma en particulier ; elle avait été pourtant la première au XVIIIème  siècle à faire sa révolution.
D’autres puissances, d’autres continents avec leurs millions d’hommes, tels que la Chine et l’Inde « jouent déjà  dans la  cour des Grands » ; l’évolution économique et relationnelle actuelle de la Chine en particulier en est un exemple.

Cependant des projets d’organisation inter-nationaux  ont été mis sur pied pour modérer de tels appétits : en 1925 les accords de Locarno et la création de la Société des Nations, garante de la paix, avaient un temps amélioré les relations entre les peuples ; citons dans la foulée et dans cet esprit, la création du Comité franco-allemand et du Comité français de coopération européenne (1926) avec en particulier les concours de André Honnorat, Camille Bloch, Pierre Renouvin et Georges Bourdon secrétaire général de la SHG. D’autres organismes, après la Seconde guerre mondiale, ont été créés tels que l’ONU, le FMI, le GATT, la FAO, le Traité de Rome, etc. : ils avaient pour objet de réguler l’équilibre des différentes puissances/nations du monde, d’établir un ordre économique et financier plus satisfaisant, au bénéfice des pays en voie de développement, notamment de leurs populations ; ces objectifs devaient renforcer la paix dans la perception d’un monde global, promouvoir une sorte de « village planétaire » dans lequel, auprès des gouvernants, on reconnaîtrait l’unicité et le destin individuel des hommes. 

Déjà  dans  l’analyse  des causes  et des conséquences de la  Première  guerre  mondiale, une perception de nouveaux rapports était apparue, nous l’avons vue, entre les nations, entre les continents, puisque dès 1917 le conflit s’était internationalisé de l’Amérique à l’Asie, ancré trois ans plus tôt dans un épicentre géopolitique, occidental et européen ; on ne pouvait plus envisager de supporter les tueries de 14-18, les millions de morts et de mutilés de tous les pays belligérants et l’incompétence des chefs de guerre qui menaient les hommes à l’abattoir.
A cette prise de conscience des dirigeants et de leur peuple, s’est ajoutée la révolution numérique de la communication qui a accéléré cette nouvelle représentation et la met en partie à la portée des citoyens ; l’application par ailleurs de la Nouvelle économie ne pourra être acceptée, cependant, au plan mondial que si les peuples les  plus pauvres   ont   le sentiment d’y participer, comme le réclament les alter-mondialistes, héritiers en cela du courant trotskiste.

La mondialisation et ses ennemis par Daniel Cohen 
En conclusion de son ouvrage sur La mondialisation et ses ennemis Daniel Cohen écrit : « Mais le monde ne sera jamais juste tant que les peuples n’auront pas la conviction qu’ils contribuent à la découverte et à la fabrication d’un destin humain partagé  et ne pourront dire : tout ce que nous parvenons à comprendre des productions humaines devient aussitôt un élément de notre patrimoine culturel. Je suis fier de mon humanité chaque fois que je suis en mesure d’apprécier des poètes et des artistes d’autres pays que le mien. Ecrit par le souverain indien Ashoka, et valable pour l’éternité ».

Vouloir comprendre s’impose pour la survie des peuples, pour l’épanouissement des hommes sur le plan intellectuel, moral et économique ; et l’histoire nous apprend que la majeure partie des anciens belligérants de la Grande guerre souhaitaient déjà ardemment « le point de départ d’une ère nouvelle pour l’humanité1». 

En terminant cet article sur l’histoire des représentations du XXème siècle et du XXIème siècle commençant, il convient de conforter, voire d’organiser des "BDIC" partout dans le monde, " pour veiller au grain " et conjurer les conflits, si préjudiciables au destin des hommes qu’ils victimisent et finissent par broyer, à l’instar des grandes machines de guerre incontrôlées. L’actualité récente qui enregistre une croissance économique et financière insoupçonnée, il y a peu, des pays d’Asie et d’Amérique latine d’une part, et l’éveil des populations du monde arabe d’autre part, devrait inciter les pays occidentaux, maitres jusque-là du monde, à une plus grande attention dans le partage de la gouvernance mondiale, s’ils veulent éviter des conflits destructeurs irréversibles.
Contre l’immobilisme, bander ses énergies.

Cardon. Ne pas attendre… l’ensablement, l’enlisement


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1.Discours d’inauguration de la BMG au Château de Vincennes, du 27 juin 1925, par A.Honnorat

Période 1970-2000




Le renouveau de la BDIC dans le campus de Nanterre 1971-2000


Tour de la BDIC édifiée en 1969-70
L’État avait envisagé au début des années 60, l'organisation d'un  pôle  documentaire  en   particulier  sur  l'étude  du vingtième siècle, pour installer la BDIC dans des bâtiments satisfaisants, après quatre ans d'occupation de la France et ses séquelles désastreuses. Le projet de créer d'autre part une nouvelle Université dans la région ouest de Paris, allait entrainer la future implantation du pôle documentaire qui juxtaposerait une Biblio-thèque universitaire pour cette nouvelle université, et les services et collections de la BDIC. Les deux nouveaux établissements auraient pour mission de servir tout d'abord, étudiants et enseignants de la région, et la BDIC d'autre part, en prenant le statut de bibliothèque inter-universitaire continuerait à pourvoir aux besoins de la recherche française et internationale, sur les questions concernant les conflits et le maintien de la paix, si toutefois on assurait sa survie et sa croissance.                                                        


Préambule : une vision de l’humain

Le bouillonnement des années 50-70 allait être porteur de grands changements vite repérables. 

Le projet de rendre compte de cette période exigeait des moyens efficaces de perception des situations évolutives et de leurs représentations.
Dans les groupements de nations qui se disputaient la maitrise de la planète, les hommes vivaient de nouvelles situations. Il convenait de s’occuper des phénomènes sociaux et de leur évolution. C’était l'ambition de vouloir comprendre, d'éviter de  "subir" ce qui arrivait : une lecture du monde dans sa diversité et sa complexité. 

Paillasses superposées des baraquements
de camps de concentration
nazis et leurs détenus 
Les années 50-70 annonçaient une nouvelle perception de l'humain, de ces heurs et malheurs, en particulier dans une période récente où sa condition même, pour la première fois dans l’histoire des hommes, avait été niée, mais aussi de la confrontation des pouvoirs multiples qui géraient les Etats : le géopolitique, l'économie, le financier, le militaire, le culturel et le social voire le religieux et les utopies nouvelles…
Les Etats ou les groupements d'intérêt mettaient en place ou réactivaient des moyens de perception, confortant parfois des entreprises, comme nous l’avons vu, qui avaient eu la prévoyance, sans doute la prescience de l'utilité de rassembler, de mettre en perspective les situations et les évènements du passé proche.
L’historien grec Thucydide (475-395 av. JC) avait écrit en son temps dans sa Guerre du Péloponnèse : « …si l’on veut voir clair dans les évènements passés et dans ceux qui, à l’avenir, en vertu du caractère humain qui est le leur, présenteraient des similitudes ou des analogies, qu’alors on les juge utiles, et cela suffira : ils constituent un trésor pour toujours… ».

A l’exemple de cet historien du Vème siècle avant notre ère, il convenait de renseigner les contemporains, tout d’abord en collectant les informations, de première main si possible, et de les transmettre aussi aux générations montantes.
Une fois justifiés intellectuellement le maintien et la poursuite de l'œuvre historique avec sa philosophie d'ouverture, de transparence et de diffusion, il convenait de relever le défi d'une exploitation minutieuse de la période troublée des années 50-70 : cette perspective de travail nous contraignait à définir les modalités d’une mise en œuvre adéquate.


Des techniques informatiques avancées
 
Techniques informatiques
appliquées aux réseaux
nationaux et inter-nationaux
La construction d’un bâtiment de 14000 m2  en 1968-70 à Nanterre a permis l’installation de la BDIC en 1970-71. D’autre part le Musée a été transféré dans l’Hôtel national des Invalides en 1973, en échange du Pavillon de la Reine et du Donjon, libérés au bénéfice des Services historiques de l’armée. Dès 1985 on a adopté un programme informatique proche de celui de la Bibliothèque nationale à Paris. Les premières collections traitées allaient concerner les grands fonds de la Première guerre et la numérisation progressive des acquisitions y compris celles des pays de l’Est en caractères cyrilliques. En 1990 on a fait de même pour le Musée afin de maitriser les techniques de l’image et du son et l’usage d’internet.
Cet effort de modernisation a accéléré la participation de la BDIC et son Musée aux réseaux nationaux et internationaux : étape importante dans la réalisation des objectifs que l’organisme s’était fixé, en 1917.


La veille documentaire de la BDIC et sa philosophie

Une fois relevée des épreuves et du traumatisme dus à l’incendie guerrier de 1944, le défi d’une réappropriation de la fonction d’information devait être possible. En 1984, l’Europe occidentale est en paix depuis quarante ans ; une réflexion historique, dégagée des contraintes de la partialité était envisageable. La guerre froide et ses conséquences entretenues par les deux blocs mondiaux rivaux, s’exerçaient encore sur les opinions et les gouvernements ; mais a contrario, la crainte d’une catastrophe nucléaire, a « protégé » l’Europe et le monde d’un nouveau conflit.
La sélection documentaire n’est pas neutre ; plusieurs facteurs jouent : l’orientation de l’organisme, la culture et la compétence des hommes. L’objectivité étant impossible, une déontologie de l’ouverture et de  la diversité des points de vue, s’impose comme le moyen le plus adéquat.
Reste la pratique quotidienne : les journaux d’opinion se définissent par leurs tendances et leurs lecteurs respectifs et les questions sensibles parce qu’actuelles ou plus anciennes, peuvent provoquer de nouveaux affrontements.
La dernière guerre des Balkans (1991-1995), celle de la guerre bosniaque nous a montré à quel point les anciennes alliances ont pesé sur le conflit ainsi que sur sa représentation pendant les quatre années de guerre, comment les politiques, les gouvernements et les opinions publiques se sont réfugiés dans l’attentisme. Déjà engagés dans la guerre du Golfe, les américains s’opposaient à toute ingérence, l’URSS, quand à elle, semblait hors jeu, les français pour leur part, du moins les pouvoirs en place, encore marqués par le souvenir de la fraternité d’arme des combattants de la Grande guerre avec l’armée serbe, ont longtemps hésité à dénoncer publiquement l’agresseur, alors que  les victimes étaient nettement identifiables. Quant aux allemands ils ont été les premiers à reconnaitre, je pense, l’indépendance de la Croatie et accélérer ainsi le démantèlement de la Yougoslavie, dont la capitale fédérale était précisément Belgrade, leurs anciens adversaires.
Une intense activité dans la collecte internationale (presse et archives) s’est donc développée, pour assurer sa mission d’information et sa responsabilité éducative sur les questions importantes de la réflexion politique. On pense en particulier à tout ce qui pourrait entraîner des conflits politiques ou économiques ou religieux " déclencheurs " dans certains cas de conflits armés.


Projet d’extension de bâtiments : la nouvelle BDIC

Le développement des collections (30 000 entrées par an) nécessitait une nouvelle extension de surface des services et des magasins. Sa fiabilité était en jeu à l’instar des grandes bibliothèques et musées des USA, d’Allemagne et de l’URSS. De plus un projet de regroupement de la  majorité des collections historiques et iconographiques permettrait de recouvrer l’unicité des origines de l’organisme et de faciliter par là leur exploitation.
De plus la nécessité intellectuelle et morale de poursuivre le projet des fondateurs de 1914 nous incitait, à une plus grande attention au déroulement d’une activité internationale de plus en plus complexe.
C’est pourquoi un projet de construction a été élaboré au début des années 90 par programmations  successives ; le dernier en date du 15 juin 1997 comportait  143  pages.  Des  crédits avaient été inscrits au XIe plan Etat-Région, ce qui aurait permis le financement d’une première tranche de construction supplémentaire.
Cependant le développement des réseaux numérisés et d’internet, devraient inciter les pouvoirs publics à investir dans cet organisme centenaire à vocation internationale pour mettre en valeur ces grands fonds d’écrits, d’images et de sons, ainsi que des archives historiques du XXème siècle et du XXIème siècle commençant, car on ne peut pas en faire l’économie si l’on veut parvenir à une représentation qui colle à la réalité et l’évolution du monde.


Programme scientifique : les contrats pluriannuels

Un programme aussi dense nous imposait l’obligation de rechercher des moyens financiers importants. En plus des dotations annuelles du Ministère de rattachement, la BDIC reconnue au plan national et international, a fait appel au Ministère de la Recherche et de nombreux contrats ont été signés :
.  contrat 1985-1988, établi en 1984 (110 p).  contrat 1989-1992, établi en 1988 (126 p)
.  contrat 1990-1991, établi en 1989 (75 p)     .  contrat 1992-1995, établi en 1991 (118 p)
.  contrat 1992-1995, examen à mi-parcours en 1991 (28 p) campagne  1997-2000
.  programmes pluri-formations 1996, (175 p) vol. I - bilan 1992-1996
.  programme 1997-2000  vol. II – annexes
.  programmes spécifiques - aires culturelles de 1983-1993

On peut constater que de 1985 à 1998 les demandes financières de la BDIC ont été, en grande partie honorées et que les travaux d’exploitation des archives prévus dans les différents programmes ont pu être poursuivis.


Analyse d’un conflit récent : l’espace Yougoslave. Un siècle d’histoire

Parmi les treize analyses consacrées à l’étude des conflits armés, que comprenait en 1998 la Collection des publications de la BDIC je retiendrai ici, à titre d’exemple, l’ouvrage suivant : De l’unification à l’éclatement, l’espace yougoslave Un siècle d’histoire que l’on aurait pu appeler : De Sarajevo à Sarajevo, comme en écho à la Grande guerre et au démantèlement de l’Empire austro-hongrois.
Dans la préface, en ouverture de cet ouvrage1, il convenait de s’interroger sur les mesures qui avaient permis de promouvoir le système intégrationniste de l’histoire des populations slaves du Sud et d’autre part, d’annoncer clairement la cause des ruptures de ce processus d’unification engagé dès le XIXème siècle.

En d’autres termes, quatre vingts ans après la création de la Yougoslavie, il convenait de mettre en relief les intérêts communs qui pouvaient réunir ces populations, en dépit de leurs diversités et de leur caractère multi-ethnique ; mettre en place par exemple des structures économiques au bénéfice de tous, renforcer le système politique nouveau face aux appétits des puissances frontalières ou internationales.
A contrario, notre questionnement devait révéler les causes de l’échec de ces tentatives d’unification : par exemple le risque de confiscation du pouvoir par des partenaires mieux armés (importance de leur population, appuis extérieurs et diplomatiques), difficultés, voire refus des populations les plus développées économiquement à accepter un partage des richesses avec des communautés moins favorisées, et pour lesquelles elles ne se sentaient que peu ou pas du tout d’affinités ; par un réflexe de défense on a assisté a des formes de résistance et de replis, et par voie de conséquence à la neutralisation progressive  de l’action politique entreprise.

Aurait-il suffit que le régime soviétique s’effondre en 1991 après 45 ans de domination sur l’Europe centrale et 10 ans après la mort de Tito, pour qu’un nouveau conflit armé se déclenche dans les Balkans ? Ce conflit n’est-il pas causé plus fondamentalement par la résurgence de forces politiques et culturelles endogènes longtemps refoulées ? Comment expliquer autrement en plein cœur de l’Europe, une guerre civile qui a duré quatre ans de 1991 à 1995, entraînant la mort de 200 000 personnes environ, des milliers de blessés, un exode de 2 000 000 de civils et des destructions massives ?
La BDIC et son Musée d’histoire ont voulu apporter ici, comme dans leurs autres activités, leur contribution à la recherche et à l’analyse des représentations concernant les populations balkaniques et le démantèlement de leur organisation, en une période où parallèlement la communauté européenne s’organisait, pour tenter de consolider son économie, resserrer ses relations multilatérales, constituer un pôle fort, apte à équilibrer les hégémonies dominantes, et ainsi à œuvrer pour le maintien de la paix.

Au cours de l’étude proposée, les conflits et les crises ont été replacés dans la durée à travers le XXème siècle. Grâce aux analyses des spécialistes et à la documentation extrêmement riche qui a pu être extraite des collections des principaux musées et des centres scientifiques et culturels des capitales, Skopje, Belgrade, Sarajevo, Zagreb, Ljubljana les moments forts de l’histoire du Sud des Balkans ont été rappelés : les guerres balkaniques, l’attentat de Sarajevo et la Première guerre, la création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, sa désintégration en 1921 et la Seconde guerre mondiale, la création  de  la  Fédération socialiste et  yougoslave  et  son  évolution, la mort de Tito, la  désintégration de la Fédération dans les années 80 et les guerres en  Slovénie (1991),  en  Croatie  (1991-1992), et  en  Bosnie-Herzégovine (1992-1995) enfin les accords de Dayton qui ont permis l’arrêt des combats en 1995 et les conditions du retour à la paix.

Dès lors la problématique la plus importante concernait les formes de l’Etat à mettre en place, le choix entre des organisations de républiques autonomes ou de fédération(s) ou de confédération ; il convenait aussi de tenir compte des interactions possibles entre des communautés à présence multi-ethnique dominante – le cas de la Bosnie-Herzégovine est exemplaire - ou de caractère plus homogène comme les populations de la Slovénie, de la Croatie.

Carte du Kosovo indépendant en 2008.
D’autre part après de nombreuses années d’hostilités et de tergiversations entre Belgrade et Pristina, l’indépendance du  Kosovo soutenue par l’Union européenne a été reconnue en février 2008 comme   l’avait été au préalable celle du Monté-négro.
Fort de cette heureuse évolu-tion, si l’on admet que les accords de Dayton permettent de voir s’instaurer de façon stable, des frontières et des structures politiques, soit de type fédératif, soit de républiques autonomes, on peut espérer que les anciens adversaires, reconnus internationalement dans leurs identités et dans leurs territoires, verront un intérêt, en ces temps de mondialisation, à tisser entre eux des relations politiques, économiques et culturelles qui s’inscriraient dans un ensemble plus vaste (confédéral ?) comprenant l’Europe occidentale, l’Europe centrale et l’Europe orientale.

La BDIC – MHC et les médias. Un double processus : collecte et restitution

Les expositions thématiques et activités éditoriales qui ont été conduites parallèlement aux travaux scientifiques précédents s’articulent selon les séries suivantes :
I – Histoire et image du XXème siècle.   II – Etude de textes, analyses et essais.  III – Inventaire, catalogue et bibliographie thématique.  IV – Histoire et audiovisuel.  V – Guides, programmes scientifiques et immobiliers et rapports annuels.  VI – Expositions sur panneaux, sur internet et « hors les murs ». Elles constituent la Collection des publications : Des Sources pour l’histoire qui prolonge le projet d’origine ; elle comptait en 1998 une quarantaine d’ouvrages dont un tiers diffusé par la Découverte-Sodis ; les thèmes principaux abordés sont les suivants : Libération de la France, les Mouvements contestataires des années 60 en France et dans le monde, la Propagande sous le régime de Vichy, l’Histoire soviétique de 1917 à 1991, la Guerre d’Algérie, la France et l’ Allemagne dans l’Europe des années 20 : tentative pour une première Europe avec Aristide Briand et Gustav Streseman, la représentation des africains colonisés dans les milieux européens, l’analyse de la déportation et du système concentrationnaire et  de  l’hégémonie  nazie  sur  une  grande  partie  du monde occidental, avec la participation d’historiens allemands, l’exil des républicains   espagnols  dans   le  sud-ouest  de  la  France, l’analyse de l’affaire Dreyfus, un travail sur l’histoire de la Yougoslavie : de l’unification à l’éclatement - l’espace yougoslave. Un siècle d’histoire, dont nous venons de parler à titre d’exemple. Il convient de signaler aussi la richesse des collections réunies sur la guerre du golfe, ouvrages, numéros spéciaux de revues (Hérodote, Military revew, etc). De nombreux dossiers sur cette guerre permettent de comprendre les enjeux de la coalition alliée et celle du conseil de sécurité de l’ONU.
Par ailleurs, les travaux de l’Association des Amis de la  BDIC, qui paraissent dans sa revue : Matériaux pour l’histoire de notre temps, constituent un remarquable corpus pour l’étude de l’histoire du XXème siècle. Un vaste réseau de chercheurs participent à l’élaboration des numéros, avec les responsables de la BDIC. La revue est publiée avec le concours du Centre national des Lettres et de l’Université de Paris X. Daniel Mayer journaliste et Président du Conseil constitutionnel et après lui, l’historien René Girault en ont assuré la direction jusqu’à leur mort. La présidence a ensuite été assurée par Robert Frank.

La BDIC, organe d’information publique au plan international a toujours entretenu avec la presse et les médias en général, des relations de travail particulières ; dès 1918, le Président du Conseil Georges Clémenceau, nous l’avons vu, avait fait verser à la BDIC les archives du Bureau d’études de la presse étrangère (BEPE).

Examinons le rôle qu’elle joue actuellement au bénéfice de ces médias notamment de la télévision et de la presse, comme si elle leur « renvoyait l’ascenseur ».
Participation aux émissions télévisuelles,
par exemple aux
Brûlures de l’ histoire 1992 -1993
En effet la BDIC met à leur disposition, selon l’actualité du moment, ou pour coller à des préoccupations nouvelles, une analyse des pans entiers de l’immense gisement qu’elle a constitué, sur les conflits militaires, sociaux, économiques, culturels et sur une recherche systématique de l’état de paix au plan international. Quelques exemples suffiront. Depuis 1992 sa participation à l’émission Géopolis de Claude Sérillon sur France 2 (la Roumanie, le Canada, le Congo, l’avortement en Irlande dans une étude comparative sur l’Europe, Cuba etc.) ; rappelons aussi sa collaboration à Les brûlures de l’histoire de Patrick Rotman tous les mardis de septembre 1992 à l’été 1993 (guerre du Kippour, Duclos, le PCF et les archives du parti communiste, Sartre-Aron, les mineurs (Germinal), le mythe Kennedy, la république des affairistes, etc.),  puis mensuellement depuis septembre 1993, l’affaire Ben Barka, Castro - Du rebelle au dictateur, les dix d’Hollywood - le maccarthysme dans le cinéma etc.), citons enfin parmi des dizaines de participations, celles aux émissions Le dessous des cartes sur Arte, celle à l’émission littéraire Un siècle d’écrivains pour le portrait de Vladimir Nabokov en diffusion européenne, etc.

C‘est donc un double processus de travail qu’elle exerce, collecte et restitution,  prouvant  par  là  son  ancrage  dans  les  préoccupations   du monde actuel et sa détermination à poursuivre et faire partager si possible, son analyse et sa représentation évolutive du monde.
De son côté l’Association des Amis de la BDIC a publié depuis 1985 dans sa revue trimestrielle sur les questions suivantes : Histoire des femmes et du féminisme, Chute du nazisme, Année 1938 - l’engrenage des abandons -,  Socialismes et classes moyennes en France et en Allemagne,  Mésentente cordiale : les relations franco-britanniques de 1945 à 1957, Colonisation en Afrique, Nationalité et minorité nationale, Allemagne : an un de l’unification, La guerre d’Algérie : les humiliés et les oubliés, Exilés et réfugiés politiques dans la France » du XXe siècle, Médias dans le mouvement social contemporain, et comme nous l’avons vu plus haut, l’article sur les Modèles d’Asie (n° 45), etc.


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1.Préface de Joseph Hüe pour l’ouvrage : De l’unification à l’éclatement.Espace yougoslave, un siècle d’histoire.

Période 1914-1939-1970



Je ne reprendrai pas ici l’analyse détaillée des activités de la Bibliothèque-Musée de la guerre, de son héritière et continuatrice la Bibliothèque de documentation inter-nationale contemporaine. Cette analyse a fait l’objet en 1992 d’un article1 que j’ai inséré dans l’ouvrage « La Course au moderne – France et Allemagne dans l’Europe des années vingt 1919-1933 »2. Je rappellerai seulement, dans un premier temps, à propos des caractéristiques qui ont marqué de façon indélébile l’histoire de l’organisme et ses temps forts, les investigations réalisées au cours de la période fondatrice de 1914 à 1939 qui allaient déclencher l’itinéraire diachronique d’une recherche de la Paix.


La Fondation de M et Mme Henry LEBLANC : le concept et l’objectif 

Lorsque la guerre éclate le 3 août 1914 entre l’Allemagne et la France, l’histoire de la guerre franco-allemande de 1870-1872 n’a pas encore été publiée. Des industriels Louise et Henry Leblanc décident dès 1914 d’investir une partie de leurs activités et de leur fortune dans la collecte systématique des documents qui « pourraient servir à la connaissance » de ce nouveau conflit. Cette collection est rassemblée « dans le respect des opinions les plus diverses »3. Elle est destinée à l’Etat. Les documents et objets rassemblés constituent « la Bibliothèque-Musée de la guerre » qui aura le double caractère d’être « un établissement scientifique » et celui  « d’une œuvre d’éducation populaire assurée par des expositions ».


Des besoins informatifs nouveaux : création de la BMG par le Parlement

En 1917 la nécessité de créer un organisme dédié à la guerre s’impose à la chambre des Députés. Sous l’impulsion de MM. A. Honnorat et A. Varenne4 et sur les conseils de Camille Bloch, les documents relatifs à la guerre publiés en France et à l’étranger, sont rassemblés et traités selon la méthode de l’érudition historique. Une collection de recueils accompagnés de remarques et d’éclaircissements en facilitera l’usage : c’est en s’appuyant sur les fonds réunis depuis trois ans par les Leblanc que « des techniciens éprouvés » pourront accroître le nombre des ouvrages, périodiques, objets etc. et les ordonner méthodiquement. Ce nouvel organisme sera confié au Ministère de l’Instruction publique et des Beaux Arts. La résolution est votée le 23 juillet de la même année. Dès septembre 1917 par arrêté ministériel, un large conseil d’administration de vingt membres est constitué comprenant les fondateurs, un député (A. Honnorat), un vice-recteur (L. Poincaré), le directeur de l’enseignement supérieur, le directeur de la BMG, deux professeurs  d’université, le  chef  de  la  section  historique de l’armée, le directeur de la propagande au Ministère des affaires étrangères : les compétences sont réunies pour un cabinet de guerre universitaire ! 


Autour de la Conférence de la Paix (18 janvier 1919, le 10 août 1920) et du Traité de Versailles (28 juin 1919) :on s’active

Les objectifs, le cadre, les structures étant mis en place, les travaux proprement dits commencent. Citons les interventions en septembre 1919 auprès du gouvernement pour installer la BMG au Château de Vincennes ; Camille Bloch signale que la BMG fonctionne comme un Office de renseignements bibliographiques à partir de la documentation des différents pays concernés par le conflit.
En 1919 A. Honnorat crée la Société d’Histoire de la Guerre qui fait jouer à la BMG le rôle de « laboratoire d’histoire » prévu dès l’origine pour l’organisme.
La BMG en 1919 et 1920 accumule des matériaux « pour réfuter les mensonges allemands » leur propagande et leur interprétation. A contrario on annonce dans la Revue d’Histoire de la Guerre mondiale créée par la SHG en 1923, la traduction d’un ouvrage sur la campagne innocentiste en Allemagne et le traité de Versailles5 par le docteur Richard Grelling républicain et adversaire de la politique impériale.
Les origines immédiates de la guerre
(28 juin-4 août 1914)
et Les formes du gouvernement
de guerre par Pierre Renouvin
 
Citons aussi parmi tant d’autres, les ouvrages de Pierre Renouvin Les origines immédiates de la guerre (28 juin-4 août 1914) et Les formes du gouvernement de guerre publié à la donation Carnegie en 1925. Citons dans la SHG les articles de A. Honnorat sous le titre général Un des problèmes de la paix : la sécurité de la France en 1923. Le surarmement de l’Allemagne en 1924, les dettes interalliées en 1927.
De nombreuses missions sont organisées à l’étranger pour  instaurer un système régulier d’échanges, d’achats, voire de dons ; on s’intéresse, aussi à la littérature clandestine ou censurée, aux affiches politiques (trait d’union entre l’autorité et le peuple) ; les archives sont privilégiées par rapport aux imprimés. L’organisme n’a de cesse d’alimenter la réflexion sur le conflit et de faire connaître ses positions.
D’autre part signalons, dans la Revue de synthèse historique de 1921, une présentation de Julien Cain sur le Bureau d’étude de la presse étrangère (BEPE) rattaché d’abord à l’Etat-major puis au Ministère des Affaires étrangères à partir de février 1919. Ces archives seront versées pour exploitation à la BMG, sur intervention de Georges Clémenceau Président du Conseil.
La BMG et la SHG auront connu une jeunesse « musclée », elles étaient animées par des patriotes qui ont dû travailler dans les conditions particulières de la guerre, tout en ayant le souci de rechercher prioritairement à l’époque, les fondements d’une paix durable, par une analyse en profondeur des ressorts du conflit


L’effort de paix et les accords de Locarno

Entre les pays belligérants et neutres, l’effort de normalisation ne va pas de soi.
Dans son étude6 parue en 1978, Brigitte Schroeder-Gudehus utilise cette formule lapidaire « pas de Locarno pour la science » ; cette interprétation s’applique aux scientifiques proprement dits. D’autres intellectuels, philosophes, historiens, sociologues, juristes, ont une position plus conciliatrice : « la connaissance des affaires humaines et sociales semble se répercuter sur la formation du jugement politique ».
De 1919 à 1925 (Locarno), on constate une évolution nette des hommes politiques et des historiens ; en France on passe, de l’interprétation rigoureuse de l’article 231 du Traité de Versailles au sujet de la responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement des hostilités et de la question des réparations, au projet d’un accord qui devrait accélérer le rapprochement des anciens belligérants.
La BMG quant à elle, par sa quête systématique et son analyse des questions sur le conflit, a influencé les décisions
positives des gouvernements ; dans son allocution à l’inauguration de la BMG au Château de Vincennes le 27 juin 1925, A. Honnorat, au nom de la SHG, s’exprime ainsi7: « l’établissement est à proprement parler un laboratoire d’histoire. Et de quelle histoire ! (...) de celle qui, en bouleversant les conditions d’existence de tous les peuples, peut être justement considérée comme le point de départ d’une ère nouvelle pour l’humanité (…) ». On est à quelques mois des accords de Locarno. Les décisions qui seront prises installeront la paix en Europe et dans le monde. Cette situation de paix sera maintenue de 1919 à 1939  ainsi que la reprise de la coopération internationale, jusqu’à la date du retrait de l’Allemagne de la Société des Nations en 1933.


Les protagonistes du rapprochement





L’adversaire des accords: Adolf Hitler

Détenu à la prison de Landsberg entre 1924 et 1925, Adolf Hitler rédige Mein Kampf, à la suite du putsch manqué de la Brasserie. Cet ouvrage contient des éléments autobiographiques, l’idéologie politique du nazisme, l’histoire des débuts du NSDAP et diverses réflexions sur la propagande.
La version originale est publiée chez Eher-Verlag en juillet 1925 et décembre 1926, c'est-à-dire en même temps que les accords de Locarno.

 
P. Assouline
(Le Monde 2 mai 2008
Arte Mein Kampf mai 2008)
Le livre paru en deux tomes connaitra un  succès modeste, mais après 1930 le tirage augmentera jusqu’à atteindre 1,5 millions d’exemplaires en 1935. La version originale sera mise à la disposition des chercheurs français à la Bibliothèque Musée de la guerre dès le début des années 30.
La version française sera publiée aux Nouvelles Editions Latines, en 1934, après traduction par J. Gaundefroy-Demombynes et A. Calmettes, malgré l’opposition de Hitler. La LICA soutiendra Sorlot, fondateur des Nouvelles Editions Latines qui achètera 5 000 exemplaires de l’édition française pour les distribuer au gouvernement et aux députés.




Photographie du donjon du château de Vincennes 
Le Château de Vincennes et les difficultés de cohabitation (1939-1944). Par décret du 1er novembre 1920  une  partie  du  domaine militaire du Château avait été attribuée à l’Université de Paris au bénéfice de la Bibliothèque-Musée de la Guerre, les appartements des Leblanc étant devenus trop étroits pour le développement des  collections.

D’un château …

La BMG s’installe en 1925 dans le Pavillon de la Reine ainsi que dans le Donjon et la Sainte Chapelle ; elle dispose de locaux importants de l’ordre de 3000 m2 pour conserver, développer et exploiter les collections d’écrits (ouvrages, périodiques, journaux de guerre) et de documents iconographiques hérités en particulier de la Fondation Leblanc.
Cependant à partir de novembre 1939 sur ordre du général Gamelin, et pour  « raison  de  défense  nationale »,  la  BMG  (étant   devenue  BDIC  à partir de 1934) ainsi que le Musée d’histoire de la Grande guerre sont interdits au public.
Les directeurs de l’époque MM. Dubois (décédé en 1941) et Debyser entreprennent de  nombreuses démarches auprès des autorités, pour obtenir des locaux de consultation à Paris et maintenir coûte que coûte les activités publiques de l’organisme. La majeure partie de l’hôtel du 102 rue du Bac Paris VIIème, est réquisitionnée pour loger le personnel et les collections les plus demandées8; cette réquisition devait se prolonger jusqu’au 31 décembre 1948. Par contre une grande partie des collections du Musée sont transférées, en lieu sûr, au château de Chambord.


Pierre Renouvin et les forces profondes

La crise européenne et
la Grande guerre par Pierre Renouvin 
Il convient d’insister sur la contribution importante de P. Renouvin à cette évolution des opinions ; en 1934, ayant succédé à Camille Bloch comme directeur de la BDIC, il mettra au point ses objectifs, sa conception du travail et ses méthodes ; il publiera un de ses principaux ouvrages La Crise européenne et la Grande guerre (1904-1918). Sa conception synthétique de l’Histoire (l’Histoire totale) s’est déjà affirmée quand il prête aux gouvernements la nécessité « d’une largeur de vue » de « l’intelligence profonde des réalités économiques », « un sens aigu de la solidarité nationale » et « une attention aux opinions publiques ».




La période d’occupation allemande 1940-1944

Sur ordre de l’Etat-major allemand, les locaux de la Bibliothèque et du Musée sont fermés et de nombreuses demandes de visa et de maintien du personnel permanent sont adressées au commandement militaire par le directeur Debyser.
Application de la liste OTTO9  « Les livres inscrits par les autorités d’occupation sur la liste OTTO, et tous les autres livres hostiles à l’Allemagne doivent être compris dans cette catégorie. Tous les écrits discréditant le peuple allemand, le Reich allemand, l’armée allemande ou le mouvement national socialiste, ainsi que les écrits d’auteurs émigrés d’Allemagne », sont à mettre sous clef. Quelques rares exceptions sont tolérées à des fins techniques et historiques, pour lecture sur place : l’information a été rarement confisquée à ce point !
Cependant, et en dépit de ces obstacles que l’on pourrait penser insurmontables, la bibliothèque continue à fonctionner : une correspondance suivie avec l’autorité militaire allemande, notamment avec le docteur Fuchs, permet la reprise de la collecte des ouvrages et périodiques provenant de la zone libre ou de l’étranger (Allemagne, Suisse, etc.) ; à titre d’exemple on  trouve  dans  les  archives10  de  la  BDIC des listes de commande d’ouvrages et de revues édités en Allemagne en 1943.
On fournit aussi des informations sur des ouvrages parus en France, par exemple  Napoléon et l’Allemagne ou bien Le système continental et le début du royaume de Bavière 1806-1810 Paris - Plon 194211 par Marcel Dunan ; c’est, semble-t-il, l’ordinaire quotidien de cette période d’occupation. Mais d’autres difficultés vont surgir, plus graves encore : l’incendie du Pavillon de la Reine et du Donjon. L’occupant voulait-il, avant de fuir, effacer toute trace des sévices qu’il avait occasionnés en France, pendant la guerre 14-18 ? On peut penser aussi aux raisons de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie ou plus récemment, à la destruction de la bibliothèque nationale de Sarajevo qui a été touchée en août 1992 par plusieurs obus, pendant le siège de la ville par l’armée serbe. Cette bibliothèque conservait un fonds inestimable de manuscrits et d’ouvrages sur l’Islam.


L’incendie du 24 août 1944

Photographie de l’incendie
du pavillon de la reine et du donjon
du château  de Vincennes,
par les troupes d’occupation le 24 août 1944
Au départ des troupes d’occupation, un incendie qui durera trois semaines, au dire des personnels gardiens de l’époque, détruit une partie du Pavillon de la Reine et du Donjon ainsi que des collections qui s’y trouvent.
Dans les conclusions du rapport établi sur le déroulement de cet incendie, le directeur responsable alors M. Debyser écrit : « les pertes subies par notre établissement sont assurément cruelles, étant donné (…) le caractère même du sinistre intentionnellement provoqué (…) je ne puis cependant pas m’empêcher de constater avec amertume que si, comme l’occasion s’en était présentée à deux reprises (…) d’acquérir un immeuble à Paris (…) les collections de la bibliothèque eussent été entièrement sauvées (…). C’est pourquoi il me parait impossible qu’on ne tienne pas compte de cette dure leçon si l’on veut donner à cet établissement les conditions normales  d’existence et de développement qu’il n’a pas cessé de mériter (…) par l’intérêt scientifique unique qu’il présente et qu’il présentera demain plus encore (…) à l’heure du règlement de la paix et des problèmes internationaux qui se poseront alors12 : on réaffirme ici fortement les objectifs fondamentaux poursuivis par l’organisme.


A la recherche de bâtiments : une bibliothèque nomade 1944-1972



L’hôtel sis 102 rue du Bac 

La réquisition de 1939 concernant ces bâtiments devait être levée, nous l’avons vu, en décembre 1948. L’application de cette mesure juridique entraînait donc pour les autorités de la BDIC et le Ministère de tutelle la nécessité de trouver d’autres bâtiments, en particulier après l’incendie du  24  août  1944.  De  nombreuses  personnalités  sont  sollicitées  pour appuyer la demande. Sans perdre de temps A. Honnorat en particulier, Président de la Société de l’histoire de la guerre, dans une lettre du 5 octobre 1944, demande au Président du Gouvernement provisoire de la République Française, le général De Gaulle13  « de prendre les mesures qui permettront à cet établissement de reprendre son activité et de jouer dans le plus proche avenir un rôle dont l’utilité sera primordiale ». Le 17 novembre 1944, dans sa réponse, le Président De Gaulle  écrit : « les services éminents que la Société d’histoire de la guerre a déjà rendus, me sont garants de ceux que l’on est en droit d’attendre d’elle pour l’avenir »… Il convient « de donner dans Paris un local convenable à la BDIC »… D’autre part « les services de la BDIC seront laissés à Vincennes dans une partie réaménagée du Château ».

            Le Musée du Luxembourg

Le 28 juin 1945, une convention d’affectation provisoire de l’immeuble dit « Musée du Luxembourg » à la BDIC et Musée de la Grande guerre, est établie par l’administration du Sénat affectataire du Palais du Luxembourg.
L’arrêté portant approbation est signé le 6 juillet 1945 et une commission prévoyant l’installation de la BDIC et du  Musée, ne se réunit que le 6 juin 1946, une campagne de presse s’étant opposée à cette installation ; les surfaces obtenues allaient permettre de stocker 1000 ml environ d’ouvrages et de périodiques  et de disposer d’une salle de lecture de 100 m2.

            La BDIC rue Vacquerie

L’immeuble rue du Bac sera occupé de 1939 à 1949 après prolongation de la période de réquisition. A cette date la situation n’est plus tenable juridiquement ; aussi, convenait-il de chercher un autre bâtiment. On jette son dévolu sur un hôtel particulier de la rue Auguste Vacquerie dans le XVIème arrondissement ; la BDIC pourra alors disposer, provisoirement encore, cependant des surfaces nécessaires au rapatriement et au développement de ses collections (surface 3000 m2 environ, collections 4500 ml environ), en attendant la réalisation d’une construction ou l’attribution définitive d’un bâtiment qui permettrait « les conditions normales d’existence et de développement »14  selon les vœux du directeur Debyser.


Le procès de Nuremberg : l’apport d’informations de la BDIC. 

Une correspondance s’établit entre la BDIC et la délégation française au Tribunal international des grands criminels de guerre en décembre 1946 ; elle a pour objet des prêts d’ouvrages sur l’analyse des conditions particulières de la Deuxième guerre mondiale. Henri Donnedieu de Vabres l’un des quatre juges titulaires au procès de Nuremberg représentait la justice française et son  juge suppléant était Robert Falco, conseiller à la cour de cassation. Durant le procès il se rapprocha du Président du tribunal l’anglais Geoffrey Lawrence qui veillait à une procédure méthodique et équitable. Il était inquiet en revanche de la délégation soviétique, et dans une certaine mesure de celle des Etats-Unis qui dominaient le procès par leur volonté politique et grâce à leurs ressources judiciaires, financières et logistiques.
Les minutes du procès seront déposées par la suite à la BDIC15.


Le procès de Tokyo (1946-1949)

Le magistrat Henri Bernard a représenté la France au Tribunal militaire international d’Extrême-Orient à Tokyo. Le fonds rassemblé par le juge français comprend plus de 3000 pièces. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les Tribunaux internationaux sont chargés de juger les criminels de guerre. L’Accord de Londres du 8 août 1945 et la décision du Commandement en chef des troupes d’occupation au Japon du 19 janvier 1946, définissent respectivement les statuts des tribunaux de Nuremberg et de Tokyo. Pour la première fois une sanction judiciaire internationale pour « crimes contre la paix », « crimes de guerre » et de la nouvelle catégorie des « crimes contre l’humanité », est expressément prévue et organisée par les vainqueurs16. Le fond du procès de Tokyo comporte les actes d’accusation, les comptes-rendus de séances, les réquisitoires et le jugement. Les onze juges du tribunal se sont accordés avec difficultés sur le jugement ; le président Webb17 influencé par Bernard, « a sans doute voulu faire l’exemple d’une condamnation pour vice national comme à Nuremberg, et, dans le cas japonais, il voulait sans doute stigmatiser la violation nationale du pacte Kellogg-Briand de la Paix ».
 
Le fonds du procès sera déposé à la BDIC (FR BDIC, F delta Res 874).
D’autre part pour la période « confidentielle » de 1946-1972, les archives contiennent quantités de pièces sur les relations de l’organisme avec les différents ministères, des académies, des chambres de commerce, la presse, les éditeurs etc. Elles conservent aussi une correspondance avec une cinquantaine de pays étrangers (ambassades, éditeurs etc.), avec des organismes internationaux (ONU, UNESCO, CICR etc.) : tout cela pour obtenir des informations, reconstituer les collections brûlées en 1944, augmenter les collections historiques : ce qui facilitera les recherches et les analyses des historiens et des hommes politiques sur cette période d’après-guerre. Citons enfin :

le procès Pétain (F.Res 138 et 139) et le procès Brasillach ( rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je suis partout depuis 1937 ; il défendit durant l’occupation la thèse de la collaboration franco-allemande).

Les archives Crémieux-Brilhac sur le Service d’information de la BBC (discours de Schumann, De Gaulle, René Cassin) 1941-1942. (F delta 424)

Les archives du réseau Turma-Vengeance (CF 9219), consultables sur le site de la BDIC, www.bdic.fr , etc.


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1.La Bibliothèque-Musée de la guerre dans les années vingt.   Joseph Hüe in La Course au Moderne.
2.La Course au moderne-France et Allemagne dans l’Europe des années vingt.1919-1933. Edit. BDIC 1992 ISBN : 2-90 1658180.
3.Préface du Catalogue raisonné de la Grande guerre. publié entre 1916 et 1922 ; il comprend 8 tomes et plus de 3000 pages : un monument « ad majorem  patriae gloriam » (tome I p. VIII, IX, X, XI.
4.Rapport n° 3273 du député L. Deshayes (avril 1917 à l’Assemblée nationale) sur demande de A.Honnorat et A. Varenne.

5.
La campagne innocentiste en Allemagne et le Traité de Versailles  par le docteur Richard Grelling.
 
6.Les scientifiques et la paix.   La communauté scientifique internationale au cours des années 20 par  B. Schroeder-Gudehus. Pub. de L’Univ. de Montréal 1978, p. 299 et suiv. 

7.Discours d’inauguration de la BMG au Château de Vincennes, du 27 juin 1925, par A.Honnorat 

8.Archives administratives de la BDIC Dossiers Fdelta 21.29/67-1.

9. Liste Otto - Archives administratives de le BDIC Dossiers Fdelta 21.29/67-1.

10.Archives administratives de la BDIC Dossiers Fdelta 21.29/67-1 Commandes de publications éditées en Allemagne en 1943.

11.Archives administratives de la BDIC Dossiers Fdelta 21.29/67-1Renseignement fournis à l’Allemagne sur ouvrages parus en France. 

12.Rapport du directeur Debyser sur l’incendie.

13.Le général De Gaulle répond favorablement à A. Honnorat président de la SHG, dans une lettre en date du 19 novembre 1944 afin de trouver un local convenable à Paris pour la BDIC.  

14.Archives administratives de la BDIC. Voeux du directeur Debyse.

15.Archives administratives de la BDIC. . Compte rendu du procès de Nuremberg et minutes.

16.BDIC « Recueil. juge Henri Bernard. Le procès de Tokyo 1946-1949 ».Cote F delta Res 874. inventaire rédigé par Mamadou Bassirou Barry.
Article de Jean Esmein sur le juge Henri Bernard au procès de Tokyo.
Archives administratives de la BDIC. Procès de Tokyo pour “crimes contre  la paix” et “crimes contre l’humanité”. 

17.Le président Webb a stigmatisé la violation nationale du pacte Kellogg-Briand de la paix.